LETTRE OUVERTE À MONSIEUR LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

Monsieur le Président de la République française,

J’accuse réception de votre invitation pour le débat organisé à Cuzzà le 4 avril 2019. N’ayant pas la même conception que vous du débat que vous transformez sciemment en meeting politique savamment orchestré, je me permets de décliner votre invitation. Nous savons, vous et moi, que le grand débat que vous avez initié suite aux pressions légitimes du peuple français n’est qu’un leurre destiné à faire gagner du temps à votre gouvernement. Ravi que vous vous intéressiez enfin aux élus de la ruralité, je pourrais comme, tout un chacun, dresser l’abaque de revendications aussi fondées les unes que les autres et dont vous ne tiendrez sûrement pas compte, si ce n’est à la marge, avec autant de cautères sur une jambe de bois. Mais je préfère m’en tenir à ce que vous considérez comme une contingence mais qui pour les Corses est d’une importance capitale. Dans votre ligne de défense , vous opposez au mouvement des gilets jaunes une répression violente, pratiquée depuis des lustres chez nous, mais également des arguments que vous jugez irréfutables ; en l’occurrence vos décisions tiendraient leur légitimité du fait que ces dernières étaient partie intégrante de votre programme électoral et surtout que vous avez été démocratiquement élu.

Des élections démocratiques se sont tenues également sur le territoire de la Corse en décembre 2017, avec le résultat que vous n’êtes pas sans connaître. Cinquante six pour cent des votants ont amené à la gouvernance de la Collectivité de Corse une coalition de nationaux corses. « Per à Corsica » a été élue sur un programme sans ambiguïté, sur un programme de mandature qui tendait à amener progressivement la Corse vers une autonomie certaine.

Lors de votre visite au mois de février 2018 vous avez bafoué et foulé aux pieds le vote et les aspirations de milliers de Corses; vous avez préféré soutenir le corps préfectoral dans sa vengeance d’état plutôt que de répondre à la demande d’amnistie pour les prisonniers et recherchés politiques, laissant votre (in)justice, à travers le Fijait, continuer à faire l’amalgame entre terroristes djihadistes et patriotes corses. Vous avez, par votre attitude et vos déclarations, essayé d’humilier notre peuple, notamment en ignorant l’emblème de notre nation.

Pourquoi voudriez-vous que le peuple français dans ses différentes composantes respecte ce que vous êtes censé incarner ? Et à fortiori le peuple Corse, bien que votre attitude arrogante et méprisante nous conforte dans notre volonté de devenir autonomes si ce n’est indépendants.

Alors, avec une grande majorité, oui, nous sommes pour le rétablissement de l’ISF; oui, nous sommes pour une justice fiscale; oui, nous sommes pour une revalorisation du SMIC; oui, nous sommes pour l’indexation des retraites sur le coût de la vie; oui, nous sommes pour le maintien de tous les services dans le monde rural; oui, nous sommes contre la désertification médicale. Nous accompagnerons toutes ces revendications d’un peuple en grande précarité qui souffre. Mais nous sommes, par dessus tout, opposés à votre politique jacobine, autoritaire et condescendante qui nous interdit, entre autres, d’appliquer la corsisation des emplois et de faire reconnaître notre langue. Persuadés que nous détenons les clefs de nombre de problèmes, à travers, par exemple, un statut fiscal et social ou la Charte pour l’emploi local, que vous avez balayés d’un revers de main, nous restons viscéralement engagés à nous libérer de votre tutelle.

Permettez-moi de vous rappeler que dans votre programme figurait le pacte girondin. Un pacte que vous avez refusé de mettre en œuvre jusqu’à présent. L’exercice de la démocratie exige de mettre en adéquation ses paroles et ses actes. Depuis le dépôt des armes décrété unilatéralement par le Front de Libération Nationale Corse, le peuple Corse a choisi son émancipation par la voie de cette démocratie et le chemin des urnes.

Nous avons fait ce fameux premier pas vers la paix par aspiration profonde, nous aimerions que le pays qui se targue d’être le pays des droits de l’homme suive le même chemin. Par respect pour votre peuple, veuillez agréer, Monsieur le président de la République, l’expression de ma considération.

Ghjuvan Marcu Rodriguez Merre di U Poghju di Venacu

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